Réflexions 2007 - présentation

Mon nom est Alexandre Lavoie. À partir du 22 mars 2007, j’ai décidé d’entamer une réflexion politique que j’espère partager avec le plus grand nombre de personnes. Vous avez surement lu ma lettre de l’autre jour; vous avez une petite idée de mon discours. J’ai voulu la faire concise et recevable par tous; je ne voulais pas entrer dans des argumentations pointues, de peur de bloquer tout de suite bien des gens.

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jeudi 29 mars 2007

3. Le rôle du militantisme

Un matin ordinaire, vous êtes au supermarché en train de faire vos courses sans y prêter plus d’attention que d’habitude… Tout d’un coup, en face de ce qui devrait, pour vous être un rayon rempli de pains de toutes sortes, vous vous trouvez devant une rangée de produits bio. Tiens… Autre exemple : plus personne, de nos jours, ne s’étonne de la diversité de œufs proposés au consommateur (bio, de poules nourries au grain, élevées en plein air ou en batterie), car elle fait partie de la vie ordinaire du consommateur de pays surdéveloppé.

Plus tard, chez vous, jetant un coup d’œil distrait sur les petites annonces d’offres d’emploi, une phrase toute faite sur la promotion de l’égalité des chances retient votre attention. Vous vous dites que cette phrase n’aurait pas voulu dire grand-chose pour vos grands-parents. Vous réalisez que le futur, dont on s’imagine toujours qu’il va apparaître en fanfare, arrive aussi subrepticement, par le biais de petites choses apparemment sans importance, comme le changement dans les étalages de supermarché, la diversification de la production des œufs ou la formalisation des procédures d’offre d’emploi. Mais, au fait, comment les nouveaux modes de vie s’instaurent-ils? Comment comprenons-nous ce qui est bien ou mal dans nos nouveaux modes de vie?

Le spectacle est familier. Une foule qui brandit des pancartes, chante des slogans et prend le contrôle de rues normalement envahies par les voitures. Les groupes de marcheurs se différencient par des bannières, des drapeaux, des bruits et des vêtements. Ils sont presque toujours accompagnés, pour ne pas dire encerclés, par la police, qui défile devant eux et à côté d’eux, souvent regroupée, en position d’attente, dans les rues latérales. Passons maintenant à une autre scène familière, celle d’un groupe bigarré de jeunes gens (principalement) lançant des cocktails Molotov et hurlant dans un état de grande agitation; face à eux, des policiers en uniforme blanc et bleu, souvent armés, qui chargent puis reculent, traînant certains membres du groupe bigarré vers leurs fourgons. On peut aussi penser à d’autres scènes souvent observées : des petits bateaux décorés de drapeaux et tournoyant autour de grands pétroliers, une parade de travestis. On force quelqu’un à descendre d’un arbre qui y était monté, on en traîne un autre le long d’un tunnel; quelqu’un frappe à la porte une pétition à la main. Toutes ces images illustrent le militantisme politique. Ces gestes violents ou pacifiques, bruyants ou calmes qui relèvent de groupuscules ou de groupes importants représentent des tentatives de changer la société en fonction des désirs de ceux qui agissent. Ils sont souvent les signes et des exemples du militantisme politique populaire et font partie intégrante des sociétés du XXIe siècle

D’une certaine façon, ces scènes sont trop familières. Nous savons trop bien ce qui est en train de se produire. Même quand nous sommes pris, volontairement ou non, dans une manifestation, nous avons rarement le regard du néophyte. Un groupe de gens veulent le changement et réclament que des mesures soient prises. Earth First!, par exemple, est une organisation de militants écologistes qui exigent que la Terre figure maintenant en tête de nos priorités. Les militants politiques veulent faire changer nos sociétés tout de suite : moins de pollution, plus de contrôle sur les armes, des salaires plus élevés, moins de violence raciale, mois d’immigration, plus de transport public : ces exigences relèvent de la cacophonie. La véritable importance du militantisme nous échappe souvent, le côté instantané et spectaculaire, l’humour de la protestation nous faisant nous focaliser sur le sens et les exigences des mouvements pris séparément. Il y a, bien entendu, une question plus générale sur la nature du militantisme politique populaire et notre société. En coulisse, et faisant partie de ces actions familières, se niche quelque chose de moins familier et d’essentiel pour notre avenir, car c’est au sein de ces mouvements que les croyances, qui pourraient bien modeler notre avenir, sont en gestation. Le militantisme pourrait bien redéfinir ce qu’est «vivre bien» et ce qu’est la société.

Certains types d’actions politiques militantes créent de nouvelles doctrines morales, ces dernières prennent l’ascendant une fois adoptées par le grand public et insufflent des changements dans nos sociétés. L’avenir naît de l’agitation créée par des personnes ayant une action politique commune. Comment pouvons-nous comprendre l’abondance de nourriture bio dans les supermarchés et tous ces types différents d’œufs sans référence au mouvement moderne vert ou écologique? Comment peut-on faire la genèse des règles d’égalité des chances sans faire référence à des idées antiracistes et féministes? Le liens entre les rayons du supermarché et le militantisme écologique, ou entre le féminisme, le rejet du racisme et les procédures de recrutement, doivent être vus dans un contexte plus large; la place qu’ils occupent dans nos sociétés doit être comprise.

tiré du livre «S'engager! Les nouveaux militants, activistes, agitateurs...», Tim Jordan, Éditions Autrement, Londres, 2003 , p.4 à 6

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